Joaquim Melo

Info publiée le lundi 21 septembre 2009

Joaquim Melo, 47 ans, est un pilier de l’histoire du Conjunto Palmeiras. Arrivé comme séminariste dans la favela en 1984, il a accompagné tous les combats des habitants pour de meilleures conditions de vie et créé, en 1998, la Banque Palmas. Aujourd’hui, il coordonne les travaux de l’Institut Palmas qui applique le système Palmas de microcrédit associé à une monnaie locale dans 47 quartiers pauvres du Brésil.

Né à Recife, en 1962, dans une famille modeste, Joaquim Melo passe son adolescence à Bélem, au nord du Brésil, où il entame des études de théologie en 1979.

Un séminariste rebelle et engagé

Il découvre la Théologie de la Libération, mouvement de l’Eglise catholique qui veut aider les pauvres à s’organiser contre la misère. Joaquim regrette le décalage entre la formation classique du séminaire, où les apprentis prêtres vivent isolés des problèmes sociaux et économiques, et ses aspirations à plus de justice sociale. Fin 1983, il apprend l’existence du programme « Prêtre de la Favela », lancé par le cardinal Aloisio Lorscheider, alors archevêque de Fortaleza.

Joaquim décide de rejoindre le cardinal pour mettre en pratique le principe d’ « option préférentielle pour les pauvres » hérité du Concile Vatican II et de la Conférence épiscopale de Medellín de 1968. Il déménage pour Fortaleza, dans le Nordeste, et rencontre Aloisio Lorscheider qui l’envoie vivre avec deux autres séminaristes sur le Lixão du Jangurussú, la « poubelle » de la ville et où il découvre les conditions de vies terribles dans lesquelles vivent les ramasseurs de déchets, les catadores. Cette expérience sera fondatrice de son engagement dans la lutte contre la pauvreté.

L’arrivée dans les Palmeiras

Après six mois passés aux côtés des catadores, l’étudiant en théologie de 22 ans est missionné par le cardinal pour intervenir dans le Conjunto Palmeiras. A l’époque, le quartier est un bidonville livré à la misère, à la boue et à la maladie ; une favela sans transports, ni eau, ni électricité, distante de 22 km du centre ville et sujette aux inondations chaque hiver.

Joaquim Melo s’implique dans tous les combats du quartier pour de meilleures conditions de vie. Il rejoint l’Association des Habitants du Conjunto Palmeiras (ASMOCONP). Aux côtés des autres leaders communautaires, il multiplie les manifestations et les bras de fer avec les pouvoirs publics pour obtenir les infrastructures de base nécessaires à la vie du quartier (eau, électricité, transports, éducation...)

En 1987, Joaquim Melo renonce à devenir prêtre pour s’engager davantage dans le mouvement social. Directeur du Centre Social Urbain du Conjunto, il devient professeur de religion. Au collège Marieta Cals, il lance – avec le soutien de la directrice Soccorro Serpa - de nombreuses initiatives pédagogiques participatives (avec ses élèves, il créé entre autres : un centre de documentation, des enquêtes sur les conditions de vie du quartier, une troupe de théâtre populaire sur le modèle du Théâtre de l’Opprimé...)

Construire son destin

Acteur incontournable du quartier, Joaquim Melo en est aussi l’historien. En 1988, il devient « chercheur populaire ». Une ONG française, le GRET, décide d’appuyer la sauvegarde de la mémoire de la population des favelas en demandant aux favelados de raconter leur histoire. Joaquim est un des premiers à inaugurer le programme. Il rassemble les souvenirs des habitants du Conjunto dans un livret et une exposition dans le quartier : « Mémoire de nos Luttes ».

Le projet se prolonge avec la création d’une école « de planification urbaine et de recherche populaire » dont Joaquim devient coordinateur au début des années 1990. Cette école d’un genre nouveau organise des cours de capacitation à destination des leaders populaires. Avec un objectif : leur donner les outils intellectuels pour négocier avec les pouvoirs publics, et leur permettre d’élaborer et de gérer des projets de développement urbain.

Joaquim Melo met la théorie en pratique en étant, de 1991 à 1997, chef de chantier de la construction du canal de drainage. Les habitants du Conjunto Palmeiras gèrent de A à Z les travaux, financés par un programme de la coopération allemande. Et la mise en place du réseau d’assainissement achève de transformer la favela en un quartier urbanisé (rues asphaltées ou pavées, eaux de ruissellement drainées, maisons en « dur », transports collectifs généralisés, réseau électrique et accès à l’eau canalisée pour tous, etc.).

L’invention d’une économie populaire

Mais l’urbanisation ne parvient pas à réduire la pauvreté des habitants, qui voient les factures d’électricité, d’eau et les impôts locaux s’ajouter aux dépenses courantes qu’ils ont déjà du mal à honorer. Joaquim prend conscience que le nouveau défi auquel est confronté la communauté est d’inventer un système économique pour lutter contre la pauvreté. Il crée, en 1998, la Banque Palmas, une banque communautaire, tournée vers l’économie sociale et solidaire.

La « banque » gérée par les habitants émet localement sa propre monnaie, le Palmas, et se trouve au coeur d’un système d’économie solidaire, générant et pérennisant de l’activité économique par le microcrédit à la production ET à la consommation.

Lancée avec un capital de 2 000 reais (environ 600 euros), la Banque Palmas diffuse aujourd’hui 30 000 Palmas dans le Conjunto et dispose d’un porte-feuille de crédit d’un million et demi de réais (575 000 euros) grâce à un partenariat avec la Banque Populaire du Brésil, créée par le gouvernement Lula en 2003.

Quand les projets de la Banque Palmas prennent de l’ampleur, Joaquim abandonne ses autres activités pour se dédier à plein temps au défi de la consolidation de la banque, et à la diffusion du « système Palmas ».

En 2003, il crée l’Institut Palmas, qui a pour mission de transmettre les technologies sociales inspirées du modèle de la Banque Palmas. Il est actuellement coordinateur de l’institution. Avec Sandra Magalhaes, sa compagne, il est totalement dévoué au projet qui s’est exporté au Venezuela (3 600 banques communales créées) et développé sur l’ensemble du territoire brésilien (47 banques communautaires à la mi-2009).

Aujourd’hui, Joaquim Melo a un pied dans les Palmeiras, et l’autre à Brasilia où il négocie avec les plus hautes autorités du pays pour développer son modèle. Son objectif : 1 000 banques en 2010 au Brésil et l’exportation des banques communautaires à l’étranger.

Le 15 octobre 2009, il publie, en France, un livre-témoignage retraçant l’épopée de cette communauté de déshérités, partie de rien pour inventer et mettre en oeuvre l’un des outils les plus pertinents dans la lutte contre les inégalités sociales et économiques.

En 2004, Joaquim a reçu le Prix Changemakers de la Fondation ASHOKA.

en librairie
par Joaquim Melo, avec Elodie Bécu & Carlos de Freitas, Editions Michel Lafon, 2009.

En librairie le 15 octobre.
Prix : 17,95 euros.
ISBN : 978-2-7499-1112-0


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